Actualités

Nous avons la joie de vous annoncer que le comité de lecture est constitué ! Jeanne Boyaval en est la coordinatrice, réunis autour d'elle : 

Eric Cannone,
Elisabeth Drault,
Anne Clerget,
Pierre Van Damme,
Yves Mairesse.

Le paiement (sécurisé) des adhésions par carte bancaire est désormais possible via ce lien sur le bulletin adhésion : https://www.helloasso.com/associations/assopgro/adhesions/bulletin-d-adhesion-2020

Egalement 3 nouveaux articles sur notre site ce mois-ci !
 

Et une proposition de réflexion sur la thérapie en période de confinement, juste en dessous…

Confinement et thérapie…

Dans ce contexte inédit de crise sanitaire et de confinement la plupart d’entre nous s’ajustent avec ses clients au moyen de séances virtuelles ou téléphoniques. Que ce soit skype, whats’app, zoom, ou le téléphone, nous sommes contraints de nous adapter à une autre façon de rester en lien.

 

Néanmoins nous sommes quelques-uns à nous poser la question des effets de ces séances virtuelles sur notre pratique.

Si les corps ne sont plus en présence réelle alors quid dans cette situation :

  • Du somato-affectif du thérapeute ?

  • Du  somato-affectif du client ?

  • De l’awareness corporelle ?

  • Des Identifications Projectives ?

  • La compétence affective du thérapeute est-elle entamée ?

  • Les processus infra-verbaux, la communication inter-psychique sont-ils aussi agissants lorsqu’un écran s’interpose entre
    le client et le thérapeute : est-ce que l’écran « fait écran » ?

  • Le thérapeute garde-t-il sa capacité totale d’incarnation dans la représentation du client ?

  • Que disent les Neurosciences Affectives (NSA) sur ces questions bien légitimes ?

  • Existe-t-il des études sur le sujet ? Que concluent-elles ?
     

Certains d’entre nous avaient déjà, pendant les grèves et les gilets jaunes, utilisé les nouvelles technologies.
Aujourd’hui avec la situation sanitaire inédite, les questions reviennent plus fortement. Rien ne dit que nous n’y serons pas à nouveau confrontés dans l’avenir. Nous y voyons l’occasion d’échanger sur nos expériences vécues ou d’écrire un article spécifique sur le sujet ou encore de constituer un groupe de réflexion en présence (plus tard) ou en virtuel (plus vite).

Pour vous aider à organiser ces rencontres (virtuelles pour le moment), nous vous proposons une méthodologie ici…

 

Si vous êtes intéressé par l’idée d’écrire ou construire un groupe, contactez-nous : assopgro@gmail.com, nous pourrons vous aider à vous mettre en relation avec celles et ceux qui voudraient réfléchir autour de cette thématique.

Nous n’avons pas encore les moyens de réguler un échange en forum, mais si vous avez envie de nous transmettre simplement par mail vos retours d’expérience, nous les synthétiserons pour les mettre sur le site dans la rubrique témoignages juste au bas de cette page  !

 


Alors à vos claviers ! 

Confinement vôtre ! 

 

L'équipe d'animation de l'asso PGRO

 

Témoignages…

"Témoignage" de Laurence Carré (Avril 2020)   

Je me suis beaucoup interrogée sur le sujet et la qualité du travail avant de me lancer dans la télé ou visio-thérapie.
J’ai d’abord commencé par un échange avec chaque client pour connaître sa position par rapport à ma proposition de poursuivre la thérapie par téléphone. Cela a permis à une cliente de nommer qu’elle préfère vivre la séance en visio « pour ne pas être toute seule et risquer de tomber dans le trauma. » Je trouve cette prise de conscience géniale !

Dès la 1ère semaine, j’ai été surprise du résultat et j’ai vécu plusieurs fois le sentiment « de bonnes séances ».
Une autre cliente m’a dit : « ça ira, je vais faire toute seule ! »… Je lui ai nommé une possible reproduction où, oui, elle a l’habitude d’être et de faire toute seule. Nous poursuivons les séances sur ce sujet !

Je constate que je me suis sentie plus tranquille, plus sereine…

Comme si l’écran me protégeait, moins de pression… (Pas de grands yeux demandeurs en face de moi – je vous rassure, mes clients ont des yeux normaux ! – ses yeux que je vis en train de me demander de trouver une solution, de faire quelque chose pour elle … ma mère ! OK, c’est mon histoire mais je suis obligée de constater qu’elle donne un certain ton à mes accompagnements !)

Cette distance physique me rend plus disponible pour me centrer sur mes sensations corporelles et émotionnelles.
Je peux dire que je donne plus de place et que je suis attentive, plus disponible  à mon somato-affectif et qui est peut-être même plus fin. Je suis davantage tranquille avec les silences. Evidemment, mon sens auditif est à l’affût de chaque bruit que je questionne. La respiration et la prosodie restent des indicateurs précieux. En me questionnant, je me dis que mon attention aux manifestations non-verbales du client me « distrait » peut être des manifestations plus subtiles que je ne peux voir qu’avec les oreilles ?

Avec le recul, je m’auto-observe être plus dans du questionnement, de la clarification, de la confirmation de ce qui pourrait me paraitre « évident » en séance en face à face. Soit, je questionne davantage l’évidence puisse qu’elle ne m’est plus visible.

Je fais encore plus attention à ralentir le client en l’invitant à se connecter à ses sensations, prendre le temps. C’est comme si je le rendais plus acteur de se sentir, d’ouvrir davantage son attention à ce qui se passe en lui – car moins de retours phénoménologiques de ma part – un peu comme si je lui proposais de profiter de cette télé séance pour apprendre à faire un peu tout seul ce que nous avons fait de nombreuses fois ensemble.

 

Forcément, le résultat varie selon le temps passé en thérapie, la conscience qu’a de lui-même le client et sa capacité à se connecter à son monde interne.

Je vis aussi la frustration de devoir rester au fond du fauteuil alors qu’en face à face, il m’arrive d’avancer vers le client ou même de le soutenir physiquement. J’ai pu nommer mon élan et le client m’a dit merci et s’est dit soulagé… un peu court ! Je dirai que mon aller-vers est mis à l’épreuve de la restriction !

Du côté des clients, beaucoup ont nommé leur crainte de ne pouvoir travailler avec la facilité qu’ils ont en face à face car tout leur « conditionnement » est bouleversé : faire la route pour venir jusqu’au cabinet, y être dans leur bulle, avec les odeurs et leur place dans le fauteuil ; leur moment à eux. Certains ont fait preuve de créativité : dans leur voiture, dans leur jardin, enfants et mari envoyés en promenade… d’autres ont bloqué là-dessus. Blocage réel dû aux conditions d’accompagnement ou résistance à ce qui venait d’apparaitre en thérapie ? Ce sera certainement à reprendre lors du travail en face à face !

Suite à l’obligation de devoir s’isoler, des sujets apparaissent - ou réapparaissent – comme les limites et l’envahissement pour une mère dont le fils a joué avec son téléphone et qui a fait disparaitre l’application que nous allions utiliser ; oser prendre un temps pour soi chez soi ; des parents qui par peur, enferment leur ado asthmatique ; celui qui se sent obligé de se justifier de devoir s’isoler alors que « quand je vais en thérapie, je dis que je vais chez mon amie ! »…

J’ai ressenti presqu’aussi souvent qu’en face à face des IP (identifications projectives). Je les ai partagées et cela a permis la poursuite de la réflexion et l’ouverture de sens.

J’ignore comment le client vit ma présence, comment il l’a sentie, comment il la marque. Pour le moment, ce sont des questions que j’imagine reprendre en face à face.

Mon client en face à face me manque physiquement, présentement ; comme une mère qui devrait voir son enfant pour s’assurer – avec ses yeux – de son état d’être !

Oui  les micro-mouvements physiologiques et corporels si précieux sont invisibles et  me donnent moins de matière à travailler, ou j’ai le sentiment que mon « analyse » est incomplète.

Mes clients et moi sommes d’accord que nous faisons au mieux avec les contraintes que nous vivons. Notre intention première est de conserver le lien qui nous unit. La seconde est de tenter de rester en contact avec les conscientisations, les sens posés sur leur histoire. Et la troisième est d’éviter de retomber dans leurs ajustements conservateurs et de conserver les ajustements créateurs.

"En visite chez…"  de Monica Levert (Avril 2020)

Début mars. Les nouvelles du virus se propagent. C’était encore un coronavirus. Il n’avait pas encore été baptisé Covid-19. Les jours passant, monte en moi une crainte pour ceux que j’aime. Ensuite les mots guerre et confinement résonnent.
Comment faire ? Comment travailler ? Concernée par le bien-être de mes clients, j’ai envoyé un texto nominatif à chacun

en disant que je suis présente pour eux en suggérant des séances téléphoniques ou par « visio-thérapie ». Certains ont été soulagés par la proposition, d’autres ont répondu qu’avec le télétravail, les enfants et les conjoints à la maison il serait difficile pour eux de s’organiser.

D’autres encore ont tenté de m’influencer en disant qu’ils préféraient venir au bureau malgré les risques, la maladie et la verbalisation. Je n’ai pas accepté. Cela fait plus d’un mois maintenant et je commence à m’habituer à ces séances où l’autre me

parle à travers un écran. Je découvre une fatigue plus prononcée que d’habitude pourtant j’accompagne moins de la moitié de mes patients.

L’article écrit par notre collègue Laurence Carré publié sur le site de l’Association fait écho en moi. Il décrit avec beaucoup de justesse ce que je peux vivre comme disponibilité accrue et d’une manière différente que dans les rencontres en face à face. Je ne vais donc pas redire ce qui est déjà très bien dit.
 

Après une semaine de tâtonnement j’ai trouvé les logiciels qui conviennent et l’organisation qui me semble la plus proche de la réalité. Par ailleurs j’ai la chance de pouvoir me déplacer au bureau. Les clients me voient au même endroit, le même fauteuil, le même lustre, la même lumière.
 

J’ai ici envie de partager quelques visites de l’intérieur et peut-être l’intériorité des clients. Des expériences riches et aussi parfois perturbantes et qui questionnent le cadre. Je pense à « Mlle. M. ». Habituellement elle arrive à mon bureau portant des vêtements colorés, où son côté vivant s’exprime. Elle a définitivement terminé avec son addiction à l’achat et d’autres compulsions. Sa situation financière commence à se stabiliser. Elle effectue des changements dans sa vie professionnelle et personnelle qui vont vers une construction stable. Quand mes patients me parlent je me laisse parfois aller à imaginer leur vie, leur environnement. J’étais donc interdite de me trouver « chez elle » à travers l’écran. J’ai eu un sentiment d’intrusion.
D’être l’intruse. Assise sur un canapé toujours, je voyais derrière elle une partie de sa cuisine. Je ne pouvais QUE voir l’entassement de casseroles visiblement sales, un plan de travail sur lequel des objets parlaient de leur présence depuis quelques jours. Ce décalage entre la personne qui me parlait, que je suis en thérapie depuis quelques années et son environnement m’a choqué. Que sais-je après tout ? Certes elle a beaucoup évolué, elle construit sa vie, mais de quoi parle ce laisser-aller chez elle ? De quelle dépression ? De quelle douleur ? Je me demande pourquoi elle n’a pas « caché » ce désordre avant de démarrer la conversation.

 

Me voici comme une intruse chez elle. Il y a quelque chose de terrible dans cette sensation.

Que me montre-t-elle ? Suis-je passé à côté de quelque chose ? Le champ 1 aura toute sa place dans nos futures séances.
Je pressens quelque chose qui doit être adressé quand on se retrouvera ensemble dans mon bureau. Je me sens hermétique à toute mentalisation (quelque chose d’inhabituel, chez moi et avec elle) et cela me dit d’avancer avec précaution.
 

Il y a aussi « chez M. B. ». Un homme coupé de ses émotions et qui a beaucoup de difficulté à élaborer. Il reste à un niveau tellement superficiel que parfois je me lasse. Et puis me voilà dans un salon d’une élégance moderne et épurée. Derrière lui un tableau d’une profondeur déconcertante. Une toile qui aurait pu être peinte par Soulages sauf la tache rouge en bas à

droite. Je ne pouvais pas me concentrer sur les banalités car j’étais happée par ce tableau. À un moment je n’ai pas pu résister et j’ai exprimé mon émerveillement. Soudain M. B. commence à m’en parler, de la profondeur qu’il y voit, de la souffrance vers laquelle cela le renvoie et vers quelle joie aussi. Est-ce que j’aurais accédé à l’intériorité de cet homme sans cette visite ?
 

Je termine avec une séance avec « Mme. A. », une jeune femme qui souffre de claustrophobie. Le trait qui la décrit est la dissociation. Pendant la séance en visio son chat Figaro n’a pas voulu partir. Il est resté avec elle, avec nous. À certains moments il se léchait et il s’occupait de sa vie de chat, et à d’autres moments il se mettait sur son épaule comme s’il ressentait des choses dont elle n’était pas consciente. C’était une séance émouvante. Je nommais ce qui se passait sur l’écran.
C’est comme si à travers son animal de compagnie, il était possible d’aller dans des endroits effrayants et trop douloureux. C’est Figaro qui racontait pour nous.
 

J’ai fait beaucoup de « visites » depuis le début du confinement. Certaines ont été fructueuses, d’autres angoissantes. Certains intérieurs ressemblent à la personne que je connais dans mon bureau. Ce confinement m’a permis et mes patients de nous ajuster aussi créativement que possible. Cependant, j’ai hâte de les retrouver, chacun et chacune avec leur présence si spécifique et si bénéfique.

« La PGRO par visio » de Sophie Fourure (Avril 2020)

 

Apres 6 semaines d’utilisation de Zoom ou Skype pour poursuivre les thérapies de mes clients en  individuel puis très récemment en groupe, voici un partage de mon expérience.

 

Alors que certains de mes collègues étaient très réticents à pratiquer la PGRO en visio, j’ai personnellement été très excitée par cette nouveauté que nous imposait le confinement. Les séances en visio, dites « virtuelles » n’ont rien de virtuel pour moi. L’expérience d’être en contact reste réelle, les corps restent présents l’un à l’autre, nous restons tout entier l’un avec l’autre. L’écran ne fait écran à rien, selon moi. La grande différence réside évidemment dans l’absence de toucher réel. 

 

Je propose d’évoquer ce qui change par cette modalité technique par écran interposé, avec une image plus ou moins pixelisée et des regards qui ne sont plus « yeux dans les yeux » (à cause du décalage entre la caméra et l’image) et ce qui reste identique avec une pratique en face à face au sein du cabinet.

 

Ce qui change dans la pratique :

 

  • L’équilibre des 3 compétences (réflexives, affectives, interactives) me semble bouger vers une plus grande place donnée aux compétences réflexives, à la recherche de sens, à la prise de conscience et la mise en mot d’une expérience partagée ensemble ou dans un autre champ. 

 

  • Dans mes compétences interactives, j’observe être plus directe, plus cash, comme plus « droit au but », comme si le temps manquait, ou comme si l’urgence pointait, sans créer pour autant de heurts ou de défense chez mes clients.

 

  • Ma posture est ainsi plus active, plus penchée vers l’écran, moins réceptive, de type «en arrière de mon fauteuil pour recevoir ainsi pleinement les identifications projectives adaptatives ou pathologiques ». Etant plus active et cash, les actes réparateurs semblent plus nombreux, sans pour autant shunter dans le fond la prise de conscience de comment le client contribue à reproduire ses impasses de contact.

 

  • Il faut dire qu’avec certains clients, plus dissociés ou schizoïdes, le contact semble moins facile, comme atténué, comme si nous étions plus éloigné l’un de l’autre qu’en présentiel. Je me rapproche alors par la parole, par une présence plus manifestée afin de ne pas faire revivre le vide à ces clients. 
     

  • Le changement d’installation, à mon bureau devant mon écran, m’amène à prendre quelques notes écrites durant la séance, ce que je ne faisais jamais auparavant pour être entièrement présente à ce qui se passe dans l’entre deux de la séance ! je n’ai pas encore vérifié avec mes clients ce que cela leur fait…

 

  • A noter que j’observe aujourd’hui ceci de moi, je n’ai pas choisi délibérément ces changements avant de commencer l’expérience de la visio. 

 

  • Le cadre a un peu évolué : le rythme des séances est étonnamment plus serré, hebdomadaire là ou certains étaient passés à la quinzaine (je suis plus disposée à travailler, mes clients sont plus demandeurs car anxieux du confinement ?) Les règlements désormais par virement sont à suivre, sinon 1 virement sur 2 n’est pas effectué…

 

  • Ma façon de travailler évolue avec cette nouvelle configuration vers plus de créativité. Je prends certains clients dans mes bras, en leur montrant un nounours dans mes bras, les neurones miroir font effet ! Dans un groupe continu visio de 8 personnes, nous entourons une participante endeuillée de notre mosaïque de visage éclairé par une bougie allumée chacun de notre côté. Les élans se manifestent en silence par un doudou tendu vers celui qui partage sa souffrance…ce message sans mot est clair et devenu un code dans ce groupe. L’imaginaire est plus à l’œuvre, pour aider un client à se mettre au travail « imagines toi arriver dans mon cabinet, tu sonnes, je t’ouvre la porte, nous nous faisons la bise, tu t’assois sur le canapé que tu connais bien,… ». J’aide certains à être bien en contact avec eux même, par un temps de centration et d’awareness.

 

  • La nécessité de se réguler émotionnellement comme individu et comme thérapeute face au confinement, à ses propres angoisses exacerbées, face à la désorganisation psychique possible de ses clients, est d’autant plus accrue. Pour exemple, ce groupe continu mature avec lequel j’ai une forte alliance, volontaire à l’unanimité pour faire l’expérience d’un regroupement en visio : les comportements lors des 2 premières heures sont inattendus, puérils, transgressifs, « contre », agis sans conscience donc en passage à l’acte agressif contre la situation et la thérapeute ! Une bonne régulation de groupe le lendemain permit de rétablir une situation de travail saine mais il a fallu traverser un épisode massif de désorganisation collective !

Ce qui est identique

 

  • Le fond du travail en PGRO des 4 R (répétition, régulation, reconnaissance, réparation), les échanges transfero-contre transférentiels soit faire l’expérience d’être ensemble et des fluctuations du contact et la dimension reproductive que nous cherchons à résoudre. 

 

  • Les écrans ne font pas écran à l’awareness du thérapeute et du client, ni à la contagion émotionnelle – la tristesse de Stéphanie m’atteint - ni aux identifications projectives et introjectives -  je ressens un gros coup de barre dans la séance avec Bertrand, quand je l’évoque et décris mon état, Bertrand toujours enjoué et énergique m’avoue sa « non envie » de cette séance, son énergie basse masquée. Lui-même contacte la tristesse, est étonné de cette émergence, lui qui est si coupé et insensible. La relation reste même par écran interposé affecté-affectant.

 

  • La régulation émotionnelle reste pleinement à l’œuvre (contenir et rassurer une cliente qui s’inquiète fort), la régulation affective aussi (porter et réguler les affects dissociés du client pour les métaboliser pour son compte avant de les lui restituer). La mentalisation a toute sa place également.

 

  • Le travail sur le corps reste possible « Que sens-tu, à quel endroit, comment cette sensation évolue en toi ». Approcher les zones du client périlleuses, tout en le maintenant dans sa fenêtre de tolérance (sans sortie en hyper ou hypo activation), en suivant le fil de ses sensations pour un traitement ascendant, reste possible pour des clients déjà expérimentés à ce travail en finesse.

 

 

Pour conclure rapidement, l’écran n’empêchera pas la PGRO ! Seul le toucher manque cruellement, comme tout mammifère nous en avons besoin, il faudra nous rattraper, avec ou sans masque !

 

Au prochain épisode peut être, … la thérapie de groupe, une mosaïque de participants à animer ! 

Miroir, miroir… de Sophie Winnykamen (Avril 2020)

 

J’ai commencé des séances virtuelles au téléphone, il y a quelques années lors de ma formation de coaching. J’ai constaté que cela fonctionnait et m’amenais à écouter les sons de façon différente. La prosodie, la qualité des silences, sans la présence physique de l’autre, me donnaient des informations que je n’aurais sans doute pas observées de la même façon en face à face.


Dans ma pratique de gestalt-thérapeute, et pour donner suite à un déménagement, j’ai, avec certaines personnes, continué par téléphone ou visio. C’était occasionnel et cela fonctionnait bien.
Aujourd’hui avec ce confinement, j’ai mis en place des séances en visio et/ou par téléphone pour les clients qui le désiraient. Même si je connaissais ce mode de séances pour l’avoir déjà pratiqué, j’ai, cette fois-ci, fait la constatation que l’enchaînement des séances me fatiguait plus qu’en face à face. 
 

Cependant, ma plus grande surprise, dans cette nouvelle expérience, a été un phénomène nouveau que j’ai vécu avec un client et que j’avais envie de vous partager. 

En tout début de séance il me dit :  

« Je me sens loin » 

Il aménage alors son espace, la distance avec l’ordinateur, elle se rapproche. 

« Loin de moi ? Vous me voyez bien ? »
« Oui vous êtes en grand. Mais moi je me vois dans une petite fenêtre. »
« Vous vous sentez loin de vous ? »
« Oui »
« Alors en vous rapprochant de vous, vous vous rapprochez de moi également »
« Oui, c’est surprenant » rire
 

Et là je réalise qu’en effet si le client nous voit à travers l’écran, il se voit également lui-même. Quelle découverte ! Pourtant cela paraît si évident allez-vous me dire !

Ce client en particulier a une difficulté dans sa proximité avec l’autre. Il met tout en place pour garder l’autre à distance et éviter d’être touché, pour continuer à contrôler. Lorsque j’évoque le fait de m’approcher de lui, c’est pour lui une source d’inquiétude qui peut aller jusqu’au figement. 

Quelques séances plus tard, au travers de sa propre image dans la fenêtre qu’il voit dans l’écran, revient ce constat de la distance avec lui-même. Nous explorons cela un peu plus. 

Ce que je trouve de particulièrement intéressant avec la visio, c’est que le client se voit lui-même impacté. Il se voit dans l’émotion, il se voit réagir. A la différence du face à face où c’est nous qui sommes miroir émotionnel, où l’impact que notre client a sur nous est visible, et où nous lui en faisons part.

Voici ce qu’il en dira : 

« Cela me donne deux dimensions, mon intérieur et mon extérieur »

« Je me représente touché, et pour autant, je ne me reconnais pas. J’ai du mal à faire lien avec moi ».

La représentation de soi est, d’un coup, différente dans le visuel.

« Se voir dans sa vulnérabilité n’est pas agréable, je suis confronté à ma rigidité ».

Nous continuons à cheminer vers l’apprivoisement de soi et la réunification intérieur/extérieur.

Le thérapeute en tant que miroir, permet au client de constater l’impact qu’il a sur un autre. Ce qu’il ne sent pas forcément pour lui-même. Il n’imagine pas toujours que ce qu’il dit provoque quelque chose chez l’autre et chez lui également. Cette émotion se perçoit et il n’imagine pas toujours non plus que cela se voit sur lui aussi. Ainsi, se regardant dans l’écran, il voit cette émotion pour lui-même.

C’est un chemin vers la réappropriation de sa propre émotion

Je pourrais dire que le miroir du thérapeute permettrait la reconnaissance et la réappropriation de l’émotion, et que le miroir du client dans l’écran permettrait sa réunification intérieur/extérieur.

Les deux miroirs me semblent intéressants et complémentaires.

Ces séances en viso, m’amènent à réfléchir à différents points : 

Comment en face à face cette réunification intérieure/extérieure fonctionne-t-elle ?

Comment se passent les discussions de cerveau droit à cerveau droit ?

Pourrait-il exister un phénomène d’auto-IPII au travers de l’écran ? 

C’est comme si, pour ce client, il y avait une troisième personne qui serait sa propre représentation dans l’écran qu’il ne reconnait pas. Un tiers entre le client et le thérapeute ? un tiers réunificateur pour le client ?

Les mêmes questions peuvent se poser pour le thérapeute.

Pour conclure, ce miroir peut être comme dans cette exemple un miroir émotionnel, pour d’autres il pourra s’agir d’un miroir physique avec l’agréable et le désagréable dû à l’image plus ou moins positive de soi. 

Je suis à la fois émerveillée de ces découvertes à l’occasion de changement dans ma pratique et curieuse de retrouver mes clients en face à face pour observer les changements après ces séances en visio. 

COVID et POST-COVID

Quelle place pour la Vie Relationnelle, Affective et Sexuelle (VRAS) ?

De Anne Dasnoy-Sumell (29 mai 2020)

 

Plus de deux mois déjà que nous sommes entrés dans l’ère du Coronavirus. Que de bouleversements dans la vie de tout un chacun bien sûr, mais aussi et plus particulièrement dans la vie des personnes qui, pour des raisons diverses, vivent dans un lieu d’hébergement souvent collectif. Un lieu où leur capacité à vivre leur propre vie s’est révélée encore plus complexe qu’à l’ordinaire : maisons de repos pour les personnes âgées, centres d’hébergement pour les personnes en situation de handicap, sections psychiatriques pour les personnes en souffrance psychique, service de logements supervisés, services d’aide à la vie journalière… Des lieux qui ont un point commun : ils accueillent tous des personnes qui, dans leur vie et pour leurs choix quotidiens, dépendent d’autres personnes.

Depuis près de 30 ans, j’accompagne ces personnes, avec une attention toute particulière à soutenir leur épanouissement global, notamment dans le champ de la vie affective, relationnelle et sexuelle. Dès lors, j’ai cherché à comprendre comment et en quoi le Coronavirus vient impacter cette dimension si intime de la vie des personnes en situation de handicap, des personnes âgées et des personnes en souffrance psychique.

 
 

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